L’ancien Juge Gilbert Thiel faisait parti des personnalités de renom qui figuraient au rang des parrains du Festival du Polar à Compiègne. Ce magistrat dont on se souvient qu’il fut chargé notamment d’affaires qui ont laissé leur trace dans l’histoire judiciaire de notre pays et au-delà dans le monde du fait divers et des grandes enquêtes policières. Jean-Luc est allé à sa rencontre, interview a retrouver également en podcast.
Jean-Luc Selon vous pourquoi ancien juge d’instruction se tourne vers l’écriture de faits réels plutôt que de se lancer dans un vrai roman policier ?
Juge Gilbert Thiel :Comme je n’ai absolument aucune imagination, alors je me suis résolu à parler des histoires et des histoires vraies. Donc je refais des instructions à rebours en quelque sorte.
Jean-Luc : Vous revenez sur ce que vous avez déjà connu ?
Juge Gilbert Thiel :Pas seulement parce que par exemple, dans un de mes bouquins, Femmes criminelles, je parle de l’affaire des poisons et de la marquise de Brinvilliers. Donc on est au siècle des splendeurs versaillaises.
À l’époque, j’avais été jugé encore bien trop jeune pour instruire des affaires de cette importance.
Et pareil pour Gilles de Rais, le compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, qui était un pédophile notoire et qui a assassiné entre 300 et 600 gamins et gamines à une époque où les grands féodaux n’avaient jamais affaire à la justice.
Bien évidemment là aussi j’étais encore un peu jeune pour instruire des affaires de ce calibre-là.
Alors il arrive à l’occasion d’un bouquin sur les femmes criminelles que je puisse évoquer l’affaire de Simone Weber.
À l’occasion de mon bouquin sur les tueurs en série, j’évoque la traque de Guy Georges.
Mais la plupart du temps, ce sont des ouvrages d’histoire judiciaire avec des affaires et les procès qui s’en sont suivis.
Et tout ça s’inscrit dans le cadre d’une société bien déterminée parce que la justice, elle n’est pas en suspension au-dessus de la société, elle en fait partie intégrante et elle révèle éventuellement les difficultés de la société de l’époque.
Jean-Luc : Alors est-ce que à titre personnel vous êtes un amateur de polar ? Donc là de choses certes qui ont à voir avec la justice mais de plus loin quoi ?
Juge Gilbert Thiel : Je l’ai été pendant très longtemps. Toutes mes études de droit, j’ai tout de suite préféré les lectures de Frédéric Dard, le commissaire San-Antonio, parce que j’aimais bien la manière de cet auteur de jouer sur les mots et puis de se foutre non pas du monde, mais de l’entièreté de la condition humaine.
Donc je les ai tous lus.
Et puis plus tard, je préférais grandement cette lecture à la lecture de la Semaine Juridique, et ça c’est bien évident.
Et ensuite j’ai lu tout Simenon, les Maigret et puis les autres romans de Georges Simenon dont on a dit, je pense à juste titre, que c’était le Balzac du 20e siècle.
Car on sent jusque dans l’humidité des bords des canaux ou de la ville de Liège, dans les descriptions qui sont faites de ces énigmes policières, la vie des gens et des pauvres gens, du côté des victimes et parfois du côté des auteurs de crime également.
Jean-Luc : Est-ce que ça vous donne envie quand même d’en faire un, un vrai roman policier qui n’aurait rien à voir avec une affaire que vous avez traitée ?
Juge Gilbert Thiel :Non, pas un roman policier, je n’ai pas l’imagination pour. Mais je suis en train d’en écrire un qui s’appellera Lettre ouverte à mon médecin légiste où je raconterai de façon romancée ma vie avec un dialogue sur la paillasse d’autopsie avec mon médecin légiste.
Alors ça deviendra plus de la science-fiction que du roman policier mais ce sera une vie professionnelle et personnelle que je raconterai à travers cette découpe du corps.
Jean-Luc : D’accord. On espère quand même pour vous que ça sera le plus loin possible en réalité parce que bon…
Juge Gilbert Thiel : Non parce qu’il faut que je me dépêche de l’écrire, c’est de l’anticipation aussi parce qu’après c’est terminé.
Jean-Luc : Quelle est l’affaire qui vous a vraiment marqué intimement quoi ?
Juge Gilbert Thiel :Je ne fais pas de hit-parade de l’horreur. J’ai vu beaucoup d’horreur au décours de ma vie professionnelle, notamment tout ce qui touche aux crimes qui ont pour victimes des enfants ou des jeunes personnes.
Celle qui m’a marqué le plus, et je n’ai pas été le seul dans cette affaire car les officiers de police judiciaire qui m’ont assisté ont été tout autant durablement marqués que moi, c’est l’affaire du tueur en série de l’est parisien Guy Georges.
Puisqu’on s’est aperçu le jour même où on l’a arrêté que ce qu’on redoutait, et qui s’est réalisé, était qu’on l’avait déjà eu entre les mains et qu’un meilleur fonctionnement de la justice avec des outils plus adaptés…
Notamment si on avait disposé à l’époque au milieu des années 95 d’un fichier automatisé des empreintes génétiques, et bien on aurait dû l’arrêter dès 1995 et non pas début 98, en mars 98 comme il l’a été.
Ce qui fait que deux victimes, Magali Sirotti qui avait 19 ans et Estelle Magd qui en avait 26, devraient encore être de ce monde et leur famille n’aurait pas été détruite par les crimes multiples et odieux dont elles ont été la victime.
Jean-Luc : Votre boulot aujourd’hui sur ce festival du Polar, votre travail va consister en quoi ? Présenter d’autres auteurs ?
Juge Gilbert Thiel : Ce qui fait que deux victimes, Magali Sirotti qui avait 19 ans et Estelle Magd qui en avait 26, devraient encore être de ce monde et leur famille n’aurait pas été détruite par les crimes multiples et odieux dont elles ont été la victime.
Jean-Luc : Votre boulot aujourd’hui sur ce festival du Polar, votre travail va consister en quoi ? Présenter d’autres auteurs ?
Juge Gilbert Thiel :Je présenterai oui d’autres auteurs et puis je vais participer, je vais diriger une table ronde sur la médecine légale et la police scientifique à l’époque du docteur Paul, c’est-à-dire au début du 20e siècle.
Et puis je dois participer également, puisque j’ai été conseiller pendant 15 ans de la série télévisée Engrenages sur Canal+.
Je vais participer à une table ronde en début d’après-midi (lors de l’événement ndlr) avec Madame la Procureure de la République de Compiègne plus quelques autres professionnels du droit, dont Maître Richard qui est une avocate que j’ai connue lorsque j’étais à Paris à la section antiterroriste, et qui vont essayer de nous faire comprendre comment se déroule le passage de la réalité à la fiction et de la fiction à la réalité pour ceux qui écrivent dans un domaine ou dans un autre.
Propos recueillis par Jean-Luc. Interview à retrouver également en podcast (ci-dessous).








